C’est un changement majeur qui se prépare sur l’un des itinéraires de randonnée les plus célèbres des Alpes. Dès la saison 2027, parcourir le Tour du Mont-Blanc en itinérance sur sa partie française devrait nécessiter d’avoir réservé ses nuits à l’avance. Refuges, hôtels, campings ou aires de bivouac : les randonneurs devront pouvoir justifier d’une solution d’hébergement. Une petite révolution pour un trek longtemps associé à une certaine liberté.
Faire son sac, regarder la météo et décider presque au dernier moment de partir plusieurs jours autour du massif du Mont-Blanc pourrait devenir beaucoup plus compliqué.
Les acteurs français du Tour du Mont-Blanc se sont accordés sur le principe d’une nouvelle régulation de l’itinéraire. La mesure la plus spectaculaire concerne les hébergements : à partir du printemps 2027, les personnes parcourant le TMB en itinérance sur sa partie française devront disposer d’une réservation dans un refuge, un hôtel, un camping ou une aire de bivouac autorisée.
Attention cependant à une nuance importante : il ne s’agit pas, à ce stade, d’un système de réservation générale donnant un « droit d’entrée » sur l’ensemble des 170 kilomètres du Tour du Mont-Blanc. C’est l’itinérance avec nuitée qui est directement visée par les mesures annoncées.
Une fréquentation devenue difficile à gérer
Pourquoi imposer de nouvelles règles sur un itinéraire qui se parcourait jusqu’à présent assez librement ?
Le Tour du Mont-Blanc est victime de son succès. Cette boucle d’environ 170 kilomètres et 10 000 mètres de dénivelé, traversant la France, l’Italie et la Suisse, est devenue l’un des treks les plus connus au monde.
Une étude portant sur l’été 2025 avait comptabilisé environ 75 000 randonneurs sur l’itinéraire. Les acteurs locaux font désormais état d’une fréquentation encore accrue et dénoncent les conséquences de cette pression sur les espaces naturels, les propriétés traversées, les refuges et les infrastructures.
Réunis à la mi-septembre, communes, services de l’État, professionnels de la montagne, gardiens de refuges, campings, guides et transporteurs ont donc décidé d’aller plus loin dans la régulation.
Des réservations contrôlées directement sur les sentiers
La réservation ne devrait pas être une simple recommandation. Selon les mesures annoncées, une « brigade verte » doit être créée pour circuler sur les chemins et vérifier les réservations des randonneurs en itinérance. Le principe rappelle celui déjà appliqué sur la voie normale d’ascension du mont Blanc, où les alpinistes doivent pouvoir présenter une preuve de réservation dans un refuge.
La future réglementation doit notamment concerner la partie haut-savoyarde du parcours, de Vallorcine aux Contamines-Montjoie, en passant par Chamonix et Saint-Gervais.
Pour le randonneur habitué à construire son parcours au jour le jour, le changement est considérable : il faudra beaucoup davantage anticiper ses étapes.
Le bivouac sauvage dans le viseur
Autre changement majeur : le bivouac sauvage doit être strictement interdit sur les secteurs français concernés.
Il restera toutefois possible de dormir sous la tente, mais uniquement dans des espaces prévus à cet effet. Les aires de bivouac autorisées doivent être aménagées avec notamment des toilettes et des points d’eau. Leur capacité sera limitée et une redevance par emplacement est également prévue, dont le montant n’est pas encore connu.
Le mouvement est d’ailleurs déjà engagé. Depuis l’été 2026, la réserve naturelle nationale des Contamines-Montjoie a renforcé sa réglementation. Le bivouac y est notamment interdit en dessous de 2 500 mètres du 15 juin au 15 septembre, à l’exception des aires autorisées de la Giettaz/Pont de la Rollaz et de la Balme, où une réservation est nécessaire.
Faudra-t-il réserver plusieurs mois à l’avance ?
C’est probablement l’une des conséquences les plus concrètes pour ceux qui rêvent de réaliser le TMB. Les hébergements sont déjà très demandés. Le site officiel du Tour du Mont-Blanc indique que certains refuges affichent complet plusieurs mois à l’avance, particulièrement en haute saison.
Avec une réservation appelée à devenir obligatoire pour les trekkeurs en itinérance sur la partie française, trouver une place pourrait devenir un élément encore plus déterminant dans la préparation du voyage.
Pour l’été 2027, les réservations des refuges et gîtes membres de l’Association des Gardiens du Tour du Mont-Blanc doivent ouvrir le 15 octobre 2026. Le site officiel conseille d’ailleurs de commencer par réserver les étapes disposant des capacités les plus limitées, puis de construire le reste de l’itinéraire autour de ces nuits.
Autrement dit, ceux qui envisagent de faire le TMB durant l’été 2027 ont intérêt à commencer à préparer leur parcours dès cet automne.
Le site officiel du TMB : https://www.montourdumontblanc.com
Les grosses valises également dans le collimateur
Mais la régulation ne concerne pas uniquement les nuits. Les acteurs du territoire souhaitent également mieux encadrer le transport des bagages entre les différentes étapes. Seuls les sacs de trek devraient pouvoir être acheminés, avec des horaires définis, afin de limiter certaines pratiques qui se sont développées avec la transformation du TMB en produit touristique international.
L’objectif affiché est de retrouver davantage l’esprit d’un itinéraire de montagne parcouru à pied, plutôt que celui d’un circuit où les bagages suivent les randonneurs en véhicule d’un hébergement à l’autre.
Peut-on encore faire le Tour du Mont-Blanc librement ?
Oui, mais la notion de liberté va évoluer. Les mesures annoncées ne signifient pas que toute personne souhaitant marcher quelques heures sur un tronçon du Tour du Mont-Blanc devra réserver une place. Les annonces concernent avant tout les personnes réalisant le parcours en itinérance et devant passer la nuit sur le territoire.
Plusieurs modalités restent par ailleurs à préciser avant la saison 2027. A ce jour (22/09/2026), une charte de gestion du Tour du Mont-Blanc est encore en cours d’élaboration par les communautés de communes du Pays du Mont-Blanc et de la Vallée de Chamonix-Mont-Blanc.
La question des personnes parcourant de très longues portions sans dormir sur place, notamment certains traileurs, devra également être clarifiée dans les modalités définitives.
Une réglementation qui n’est pas encore identique autour du massif
Autre point essentiel : le Tour du Mont-Blanc traverse trois pays. Les mesures annoncées concernent pour l’instant la partie française, et notamment la partie haut-savoyarde. Les élus français souhaitent que les acteurs italiens et suisses rejoignent la démarche afin d’aboutir à une gestion cohérente à l’échelle de l’ensemble du massif. Il faudra donc surveiller les décisions prises dans les prochains mois en Italie et en Suisse.
Pour les randonneurs, une chose paraît néanmoins acquise : l’époque où l’on pouvait envisager le Tour du Mont-Blanc sans avoir précisément organisé ses nuits touche à sa fin sur la partie française.
À retenir pour le Tour du Mont-Blanc en 2027
- Réservation d’un hébergement ou d’un emplacement autorisé prévue pour les randonneurs en itinérance sur la partie française.
- Entrée en vigueur annoncée à partir du printemps 2027.
- Refuges, hôtels, campings et aires de bivouac autorisées seront concernés.
- Le bivouac sauvage doit être interdit sur les secteurs concernés.
- Une brigade verte doit contrôler les réservations sur les sentiers.
- Les aires de bivouac auront une capacité limitée et devraient être soumises à une redevance.
- Le transport des bagages doit également être davantage encadré.
- Les réservations des refuges membres du réseau officiel pour l’été 2027 ouvrent le 15 octobre 2026.
- Les modalités définitives doivent encore être précisées dans la future charte du Tour du Mont-Blanc.
Le communiqué de presse officiel

